Bureau de Chômage, de Charlotte Grégoire et Anne Schiltz (B), 2015, Eklektik Productions

Remarquable documentaire, nominé en catégorie Meilleur documentaire des Magritte du Cinéma 2016, sur le contrôle des recherches d’emploi, auxquelles l’Onem jusqu’il y a peu, le Forem aujourd’hui en Wallonie et Actiris à Bruxelles, contraignent chaque année des dizaines de milliers de “hors emploi” qui auraient bien d’autres choses à faire de socialement plus utiles et de personnellement plus épanouissants.

Seulement voilà, début 2002, un socialiste flamand, de retour d’Angleterre où sévissait déjà la “3e voie” blairiste, importa chez nous le concept de Workfare state, ou Etat Social Actif.

Désormais, l’octroi du RIS (ex-minimex) serait activé (lire: “conditionné”) par des CPAS rebaptisés Centres publics d’action sociale. En 2004, l’allocation de chômage à son tour est attaquée; elle n’est plus un droit,  conditionné par la seule interdiction de refuser un emploi convenable qui vous est proposé. Elle devient un  investissement collectif, de la société, sur votre personne, vous vous devez de la mériter jour après jour, en mettant le marché du travail sous pression au profit des exploiteurs de la force de travail et contre l’intérêt des salariés. Comment ? En améliorant votre employabilité et en postulant à tout va, même là où on n’embauche pas  !

Une armée de petits flics, appelés “facilitateurs”, aujourd’hui “évaluateurs”, sont alors embauchés pour assurer l’efficience de cette pression mentale insupportable.

Charlotte Grégoire et Anne Schiltz nous emmènent en huis-clos dans les bureaux de l’ONEM de Charleroi. D’un côté de la table, des chômeurs. De l’autre, des contrôleurs. L’enjeu des entretiens: le maintien des allocations de chômage. Le film interroge le sens du travail aujourd’hui, dans un monde où l’insécurité des travailleurs et des chômeurs est grandissante et où le modèle d’État-Providence se réduit comme peau de chagrin.

interview des réalisatrices

fiche technique ici

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