Danièle Linhart

Sociologue française, Danièle Linhart travaille sur l’évolution du  travail, de l’emploi et tout particulièrement des évolutions du management et de ses effets sur le rapport subjectif que les salariés ou les fonctionnaires sont amenés à développer dans leur rapport à leur travail, au savoir-faire, aux prescrits qui leur sont imposés.

Elle s’intéresse aussi  aux stratégies de résistances que les communautés de travail s’avèrent ou se sont avérées capables de mettre en œuvre pour tenir le coup et grapiller des rapports de force salvateurs.

Elle est directrice de recherche au CNRS et professeure à l’Université de Paris X.

Elle a évidemment écrit de nombreux livres: bibliographie.

Parmi ceux-ci, Travailler sans les Autres (2009): 

“Changer le monde du travail, accorder à chacun davantage d’autonomie, de reconnaissance matérielle et symbolique, voilà qui semble faire l’unanimité. Pourtant, comme le montrent les enquêtes sociologiques, la « modernisation du travail » ne va pas dans ce sens : sentiment d’abandon, d’isolement, de précarité, peur de ne pas y arriver, méfiance à l’égard des autres, tout concourt en réalité à dénaturer le travail. La société tout entière en est affectée.

Symbole de cette modernisation en mauvaise passe, le chassé croisé entre secteur public et privé : le management s’acharne, sans y parvenir, à importer au sein des entreprises privées le sens de l’engagement et la loyauté des agents du service public, alors même que celui-ci subit une attaque en règle de ces mêmes valeurs sous les coups de boutoir de la logique gestionnaire.

C’est à l’analyse du devenir tourmenté du travail dans notre société que se risque ce livre.”

Et plus récemment , l’excellent “La Comédie Humaine du travail, de la Déshumanisation taylorienne à la sur-humanisation managériale” (2015) :

“Avec Taylor, le «père» de l’organisation scientifique du travail, les ouvriers devenaient un rouage passif, astreint à une stricte conformité aux consignes et modes opératoires. Leur travail devait se dérouler indépendamment de leur état d’esprit, de leurs états d’âme et de leurs savoirs.

Le management moderne semble aux antipodes d’une telle orientation. Il clame sa volonté de reconnaître la dimension humaine des salariés, mise sur leur subjectivité, leur personnalité et tend à «psychologiser» les rapports de travail.

Pourtant Danièle Linhart soutient que la logique reste la même : dans les deux cas, s’organise en réalité une disqualification des métiers, de la professionnalité, de l’expérience qui tend à renforcer la domination et le contrôle exercés par les dirigeants. Le résultat est le même : un travail qui perd son sens, qui épuise. Pire encore, le travail moderne précarise subjectivement les salariés, qui, constamment mis à l’épreuve, sont conduits à douter de leur propre valeur et légitimité.

En rapprochant Taylor des managers modernes, l’auteur questionne cette idéologie qui prend de plus en plus de place dans la réalité du travail telle qu’elle se dégage à travers ses propres enquêtes et celles des spécialistes en sciences sociales du travail.”

Lire aussi cette intéressante interview intitulée L’Entreprise de dépossession , publiée Dans la Vie des Idées (mai 2015) et cet excellent article dans le Monde Diplomatique (juillet 2017): Imaginer un salariat sans subordination

Extrait: “Il y a le sentiment d’un destin commun, de valeurs communes : ce qui est juste, injuste, moral, immoral. Le travail réel est, par rapport au travail prescrit, une transgression et toute une vie collective se crée autour de cette clandestinité, de cette transgression. Cette vie sociale, cette sociabilité se charge également de sens politique. Il y a autour du travail réel des prises de conscience collective, syndicale, politique, morale, qui font que les gens ont le sentiment de comprendre ce qui leur arrive et pourquoi. Ils peuvent relier leur expérience aux enjeux économiques et politiques qui dépassent leur atelier. Et là, l’idéologie de la lutte des classes, de l’exploitation capitaliste, fait sens. Elle permet de sortir de l’enfermement dans le microcosme de l’atelier, d’essayer de décrypter ce qui se passe, et donc de se positionner comme acteur collectif. Aujourd’hui, avec l’individualisation et l’atomisation, les gens n’ont plus ce bénéfice : c’est seuls qu’ils sont confrontés à tout ça.”

Deux captations de conférences pour en savoir plus :
– à l’invitation de la Fédération syndicale Sud/ Suisse (Lausanne, sept. 2012, 63′): Ce travail qui fait mal
– à l’invitation d’Initiative Citoyenne (Guichen, févr. 2013, 61′) : La souffrance au travail

Sur les Matins de France Culture enfin (févr.2013, 58′) : La société est-elle menacée par le burn-out ?

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Mail