Bernard Friot

Bernard Friot est un économiste et sociologue français, professeur émérite à l’Université de Paris Nanterre/ Paris X. Il s’est d’abord fait connaître, dans la foulée des grosses manifestations en France contre la réforme des retraites en 2010, en publiant le livre “L’Enjeu des Retraites”. Spécialiste de l’histoire du salariat français et de l’une de ses conquêtes majeures, la sécurité sociale, institution anticapitaliste de socialisation des salaires, il a  ensuite publié plusieurs ouvrage sur ces thèmes dont, en 2012, “L’enjeu du salaire” et “Puissance du Salariat”.

                    

Son ouvrage le plus abordable et le plus didactique est sans conteste le dernier, publié en 2014, “Emanciper le Travail, entretiens avec Patrick Zech”, dont nous vous recommandons vivement la lecture.

Ses théories et ses propositions politiques, dont le salaire à vie inconditionnel, commencent à être répandues et partagées car elles sont à la fois une alternative radicale à l’allocation universelle, avec laquelle paradoxalement on les assimile souvent, et une alternative tout aussi radicale aux sempiternelles et stériles revendications syndicales ou politiques pour le plein emploi.

Arrêt sur Image: Mylondo – Friot – Husson

Bernard Friot analyse le capitalisme comme un régime économique fondé sur quatre institutions majeures, auxquelles, puisant dans les conquis du mouvement ouvrier, il oppose quatre contre-institutions pour partie “déjà-là”, et dont il s‘agirait selon lui de poursuivre la construction pour en finir avec le capitalisme.

Ainsi à la propriété lucrative (des moyens de production, des savoirs, des logements, de la base du vivant via brevetage, etc.), il oppose la propriété d’usage, éventuellement collective. En matière d’entreprises, ce qu’il préconise pourrait s’apparenter à  un genre de coopérative sans but lucratif appartenant tant qu’ils en usent à ceux qui y travaillent.

Au marché du travail, il oppose le salaire à vie, inconditionnel, versé de droit dès 18 ans puisque nous serions tous supposés dès cet âge devenir et rester à vie des majeurs économiques, réputés producteurs d’une part de la valeur, de la richesse commune, et capables de la co-gérer, au même titre que nous devenons majeurs politiques, réputés capables de co-gérer la cité ou du moins d’en élire ceux qui assumeront un temps cette responsabilité. Ce principe selon lequel nous sommes tous producteurs de valeur, y compris “hors emploi”, hors marché du travail, Bernard Friot le dégage notamment du système  conquis de la sécurité sociale par lequel les salariés reconnaissent déjà aujourd’hui, via le versement des pensions et des allocations de chômage, que les chômeurs et les retraités produisent de la valeur économique, qu’ils ne sont pas des inactifs qui ne produisent rien, mais qu’ils participent, “hors entreprise”, “hors capture capitaliste”, à la production du PIB.

A la mesure du salaire lié au temps de travail fourni et avéré (voir contrat d’emploi) et au poste concrètement occupé dans la chaîne de production ou de services (OS ou commis, contre-maîtres, chefs de bureau, ingénieur, manager, Directeur, etc… ), il oppose pour mesurer le montant du salaire à vie auquel chacun aura droit un principe de qualification irréversiblement lié la personne tel qu’appliqué déjà dans la fonction publique (grade). Ces qualifications conduiraient à une fourchette de salaires à vie variant de 1 à 4, démarrant à 1500 euros de droit (niveau 1 de qualification), acquis dès l’âge de 18 ans, et pouvant augmenter progressivement jusqu’à 6000 euros, par passages devant des jurys de qualification; ceux-ci seront à constituer sur des bases démocratiques tout comme les critères à prendre en compte pour fixer cette progression.

Enfin au crédit bancaire, lucratif, comme source d’investissement (et du coup d’enrichissement par ponction du travail qu’il va générer), il oppose le crédit par subventionnement public (donc sans remboursement) comme c’est le cas déjà aujourd’hui dans le secteur non-marchand mais comme ce fut appliqué surtout en France pour construire l’infrastructure publique hospitalière (les CHU), financée via les caisses de cotisations sociales.

Bernard Friot anime le réseau-salariat et l’institut européen du salariat.

http://www.reseau-salariat.info/

Lire aussi, pour bien saisir la différence entre revenu de base (ou allocation universelle) et salaire à vie :

“Revenu inconditionnel ou salaire à vie ?”, par Réseau-salariat
“Demain, la fin du Travail? “, par Th.Müller/ Philocité®

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